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Un si affreux petit problème

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L HERITAGE D YVON LEGOAZ

CONTES FÉERIQUES ET RUSTIQUES L'HERITAGE D'YVON LEGOAZ Il l'avait toujours dit, ce vieil Yvon Legoaz, et invariablement: — A ma mort, je laisserai mon bien au plus apte à le faire prospérer. Il pouvait, d'ailleurs, parler de la sorte, car, ne s'étant jamais marié, il n'avait point d'enfants légitimes, partant pas d'héritiers directs. Tout dépendait donc de son testament. Ce testament était fait et prêt depuis longtemps déjà, car le jour où Yvon Legoaz avait atteint la soixantaine, il l'avait dicté au notaire, dans les formes requises par la loi, afin qu'il n'y eût erreur ni procès, et il l'avait signé d'avance. Tout y était énuméré: meubles, immeubles, terres, écus du bas de laine et le reste, jusqu'au brave couteau avec lequel il tranchait ses tartines à la miche, taillait ses rosiers et débourrait sa pipe. Seule y restait en blanc la place où écrire le nom du légataire universel. Le vieux paysan passait pour être f...

L ETRANGE HILAIRE

CONTES DE CALIBAN CONTES FACÉTIEUX L'ÉTRANGLÉ HILARE L'histoire n'est pas seulement véridique, elle est vraisemblable; mais je ne me dissimule pas que, pour la bien narrer, il y faudrait un de ces ironistes d'élite, héritier de Jonathan Swift, de Mark Twain et de notre Villiers de l'Isle-Adam. Qu'on m'excuse de m'essayer à leur manière. Ce conte justifie l'audace. Lorsqu'à l'arrivée en gare du train 1227, qui est express s'il en fut, le surveillant préposé à la revue des wagons trouva, dans le compartiment 184, un voyageur visiblement feu, défunt et, tranchons le mot, étranglé, il eût fallu la collaboration idéale d'Alphonse Allais, de George Auriol, de Tristan Bernard et de Jean Goudeszki pour dépeindre la stupeur de ce fonctionnaire. Le mort était resté dans une attitude surprenante. Enfoncé dans son coin, le visage renversé, les poings sur les hanches, les jambes en l'air, il semblait encore se tordre de rire,...

L ENFANT PERDU

CONTES FÉERIQUES ET RUSTIQUES L'ENFANT PERDU A une portée de fusil du hameau breton que j'habite, il y a une ferme importante, appelée la Ville-Eyrnaud, du nom de son fermier, ou plutôt de sa fermière, Jacquemine Eyrnaud, car Pierre Eyrnaud est mort l'an dernier. Dieu ait son âme! Établie dans une espèce de manoir, d'ailleurs sans caractère et d'un style hybride, la métairie se relie par de hautes futaies de châtaigniers et des allées magnifiques à cette forêt de Ponthual, sombre et légendaire, qui fut et redeviendrait, au besoin, un repaire de chouans. Un «doué», ou ruisseau aux eaux intermittentes, sépare le corps d'habitation de ses dépendances, potagers, vergers, étables et prairies; il aboutit à un vivier devenu une canarderie tumultueuse, comique, toujours en batailles d'ailes ou de becs. Un radeau, vert de graminées, y flotte et se déplace, et c'est sur le pont rustique qui la traverse que, le soir, au soleil tombant, la mère Eyrnaud pré...